Égypte #7 – Les escortes de police

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J’ai hâte de profiter d’une journée en solitaire à vélo après l’ambiance pesante du poste de police de Zaafarana. Il est environ 6h45 lorsque mes affaires sont rangées dans mes bagages et chargées sur le vélo. J’enfourche Rafiki et me dirige vers le checkpoint afin d’accéder à la route de Ras Gharib, vers le sud. Au point de contrôle, l’officier d’hier me demande à nouveau d’attendre quelques minutes. Il appelle « le général » à la radio.

J’ai décidé de prendre la route qui longe la mer Rouge, un peu plus longue que celle suivant le Nil, car l’accès à la « route agricole » est restreinte aux touristes et nécessite une escorte policière. Prendre cet itinéraire aurait signifié être escorté par la police depuis Le Caire jusqu’à Qena, soit sur près de 600 kilomètres. Au-delà du fait d’être tout le temps suivi, ces escortes m’auraient aussi empêchées de m’arrêter quand et où je l’aurais souhaité. Elles auraient certainement empêché bon nombre de rencontres tout au long du parcours.

La réponse du général ne se fait pas attendre. « C’est bon, tu peux y aller », me traduit l’officier, en faisant signe en direction de la route. Enfin !

Le fond de l’air est frais, le soleil brille, le tarmac sur lequel je roule est lisse, et il n’y a pas de trafic. La journée s’annonce bien.

Je me remémore la manière dont je m’étais imaginé Zaafarana lorsque j’étais en train de préparer le voyage depuis Bruxelles. Je savais, ayant vu l’endroit sur Google Satellite, que le lieu n’était qu’un hameau composé que de quelques habitations et bâtiments. Je m’étais dit qu’il devait avoir une histoire lié au commerce des épices entre le monde Arabe, l’Inde et l’Afrique de l’Est, via l’Océan Indien, étant donné que « Zaafarana », en Arabe, signifie « safran », en français. Je me rends compte, maintenant que j’ai quitté le hameau, que je n’en ai rien vu.

Un bruit de moteur me rappelle à la réalité. Un pick-up de police roule derrière moi. Il semble, apparemment, que les escortes de police soient également de mise sur cette route-ci…

La communication avec les policiers est basique. D’une part parce que je ne parle pas arabe, et, d’autre part, parce que la plupart d’entre eux ne parlent qu’un anglais rudimentaire. Par ailleurs, et heureusement pour les policiers, les escortes ne me suivent « que » pendant 20 à 40 km, après quoi un autre véhicule prend le relais. Je dois alors à nouveau montrer mon passeport et à nouveau expliquer que je ne souhaites pas mettre le vélo dans le pick-up. Ça peut paraître un peu capricieux, mais au bout de 750 km d’escortes, tout cela commence à être un peu énervant… Cela étant, aussi ennuyé que je puisse l’être, je me dis que ce sont surtout les policiers qui sont à plaindre. Qui voudrait suivre, au soleil, derrière un pare brise brûlant, un touriste à vélo pendant des heures ? Leur présence m’embête, et en même temps, je suis embêté d’être la cause de leurs escortes.

Certaines escortes me laissent rouler librement et me suivent à distance, ou me dépassent et vont m’attendre quelques kilomètres plus loin, puis me dépassent à nouveau, une fois que je les ai rattrapées. D’autres, un peu plus pressantes, roulent quelques mètres derrière moi, ou pire, devant moi, relâchant leurs gaz d’échappement dans l’air que je respire. Certaines insistent pour que je charge Rafiki et Pumba dans le pick-up, arguant de la dangerosité du trafic, ou qu’il y a des terroristes plus loin sur la route. Lorsque je m’arrête pour manger un morceau ou me reposer, elles tapotent sur leur montre et demandent, ou plutôt disent: « 5 minutes ».

Même si je pense que ces escortes ne sont pas nécessaires – je dirais même qu’elles donnent une mauvaise image du pays au voyageur indépendant que je suis – il est compréhensible qu’elles soient organisées. En effet, le tourisme constitue un revenu important pour l’Égypte et est essentiellement représenté par des groupes organisés qui visitent les pyramides, les tombes et les temples de la période pharaonique, et/ou qui résident dans des hôtels all-in situés le long de la mer Rouge. S’il arrivait quelque chose à un cycliste étranger, que ce soit du fait d’un accident de la route ou du fait d’une déshydratation ou d’une insolation, l’évènement pourrait, en fonction de la gravité des faits, faire la une de l’actualité dans le pays du ressortissant en question, et cela aurait un impact négatif sur le tourisme en Égypte de manière générale, en particulier aux yeux des touristes de masse potentiels.

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Quoi qu’il en soit, le résultat de ces escortes sont que je mes journées sont plus longues et plus dures que prévues, car je suis forcé de rouler plus vite, avec des pauses plus courtes et sur de plus longues distances. En tant que tel, produire l’effort lorsque je suis sur le vélo n’est pas un problème. Le problème apparait en fin de journée, lorsque les crampes surgissent. Je me dis que je peux atteindre tel ou tel point de mire, ou tel kilométrage sur mon compteur, ou peut-être tenir 30 minutes de plus. Une fois le point de mire atteint, j’en fixe un nouveau, ou décide de rouler 20 minutes de plus, et ainsi de suite. Inutile de dire que j’ai mal aux jambes au réveil, malgré la séance d’étirement que j’ai faite en arrivant à destination la veille. Heureusement, les courbatures s’estompent au bout de 10 ou 15 minutes, lorsque je me remets à pédaler le lendemain matin. Cela étant, la distance accumulée se solde par des crampes qui arrivent de plus en plus tôt dans la journée et plus douloureuses que les précédentes. Mes muscles se raidissent, ma chaîne musculaire se rétrécit.

J’atteins Port Safaga le 23 décembre en fin de journée, après avoir passé une journée et demie près de Hurghada avec Simon et Tanya, que j’avais rencontré au Caire (lire Égypt#2 – Simon & Tanya), et qui ont été rejoints par leurs familles pour les fêtes de fin d’année. Alors que je me penche en avant pour décharger les sacoches de Rafiki, une douleur dans le bas du dos me fige, comme si une énorme aiguille ou une lame de couteau m’était rentré dedans. Je me raidis et me redresse. C’est le genre de douleur que j’ai déjà ressenti. Elle est très importante pendant quelques jours, puis s’estompe. Et si elle ne disparait pas, le meilleur remède que j’y ai trouvé jusqu’à présent, est l’intervention d’un ostéopathe.

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Je dois traverser une petite chaîne de montagnes le lendemain matin, afin d’atteindre Qena, une petite ville située le long du Nil. Je sais, au moment où je me réveille, que ce ne sera pas possible. J’arrive à peine à sortir du lit. Chaque mouvement que je fais me perce d’une douleur dans le bas du dos. Celle-ci ne me quittant pas après le petit déjeuner et une douche chaude, je décide de rester une deuxième nuit, puis une troisième.

Je me demande comment les choses vont se passer, lorsque, au bout de trois jours, je me remets sur le vélo pour quitter Safaga. Je me sens un peu rouillé les premières minutes, mais au fur et à mesure que j’avance, mes muscles se dérouillent. Je me dis que, finalement, ça pourrait peut-être aller. Les montagnes que je dois passer ne sont pas trop hautes, avec un sommet à 640m d’altitude. Repartis sur 40 km avec un dénivelé moyen de 2%, elles m’obligent néanmoins à fournir un effort constant. Une fois le sommet atteint, je profite de la plus longue descente que j’ai jamais descendue. Avant d’être arrêté à un point de contrôle. Je dois attendre qu’une voiture qui a été appelée à un autre point de contrôle arrive avant de pouvoir reprendre la route. En attendant, mes muscles se « refroidissent » et la douleur refait surface dans mes jambes, particulièrement dans celle de droite.

La nuit est tombante lorsque j’atteins le Checkpoint 67, situé à 67 kilomètres de Qena et à 125 km de Safaga. Il va sans dire que mes jambes sont grippées lorsque je me réveille le matin. Je vais avoir besoin d’un jour de repos lorsque j’aurai atteint Qena, avant de continuer vers Louxor, où j’ai rendez-vous avec Kris Huybrechts afin de l’interviewer sur le travail de Dar al Shifa – la Maison de la Santé, en français.

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