Égypte #6 – Le poste de police de Zaafarana

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Il est environ 14h30 lorsque je me fais arrêter au poste de contrôle de Zaafarana. L’officier en charge me demande mon passeport, ma provenance et ma destination. Il prend note des informations dans un journal de bord et me demande d’ouvrir mes sacoches et la remorque pour vérifier leurs contenu. Une fois l’inspection terminée, je me remets sur le vélo pour reprendre la route, mais je suis interrompu dans mon élan. L’officier me dit de charger Bucéphale et Pumba dans un pick-up afin d’être conduit jusque Ras Gharib. J’explique que je ne souhaite pas faire le trajet en voiture, mais à vélo. L’officier me demande d’attendre et appelle « le général » par radio. Après quelques temps, vers 15h30, on m’annonce qu’il est trop tard pour que je puisse encore faire la route à vélo, mais que je pourrai la faire le lendemain. On m’indique de suivre une voiture de police qui me mène au poste de police où je suis invité à passer la nuit.

Bien que situé au milieu de nulle part, le poste de police de Zaafarana semble avoir son importance, dans la mesure où il se situe à l’intersection des routes reliant Le Caire, le Canal de Suez et Hurghada. Des véhicules blindes de l’armée et des troupes arrivent aux alentours de 17h00, juste avant le coucher du soleil, afin de passer la nuit dans l’enceinte du poste de police. L’ambiance est troublante. Les hommes gardent tous leur arme sur eux. Les officiers censés être en charge, semblent ne rien maîtriser du tout. Ils se réfugient plutôt dans leur bureau, à l’abri de leurs hommes, la plupart d’entre-eux, au début de la vingtaine.

L’un des jeunes hommes, un grand potelé, retranscrit les informations inscrites sur mon passeport dans un journal de bord reprenant les entrées et sorties du poste de police. Il est bruyant et a une attitude de caïd envers un plus jeune que lui, aussi potelé, mais plus petit et, apparemment, peu sûr de lui. Le « grand » semble profiter de son rang plus élevé pour tripoter le « petit » qui semble être paralysé par la situation. Cette attitude, clairement inappropriée, ne suscite aucune réaction des autres collègues, plutôt hilares, qu’embarrassés par la situation.

Je suis invité par un des hommes à ranger mes affaires dans un bureau où je pourrai passer la nuit. Après les formalités de bienvenue habituelles, il m’offre un thé et, une fois seul avec moi, me demande de l’aider à obtenir un visa pour la Belgique. Bien entendu, je ne peux pas l’aider. Il m’explique alors qu’il ne se sent ni respecté par l’armée ni par le gouvernement égyptien qui n’ont pas estimé à sa juste valeur son dévouement lors d’une attaque terroriste lors de laquelle il a été blessé. Il lève sa chemise et me montre les blessures par balles qu’il a subies.

Je ne suis pas très à l’aise. Je suis assis à côté d’un militaire de carrière, une AK 47 sur les genoux, conducteur d’un blindé armé, m’expliquant qu’il exècre l’attitude de son gouvernement, qu’il s’estime sous-payé, et qui ne souhaite qu’une seule chose : être débarrassé de l’armée.

Il me demande, lorsqu’il comprend que ce n’est pas à moi qu’il doit s’adresser pour obtenir un visa, si je suis marié. Étant donné que je ne le suis pas, il me propose de partager son lit. Je fais semblant de ne pas comprendre ce qu’il veut dire et lui dit que j’ai tout ce dont j’ai besoin pour dormir.

Je profite de l’arrivée d’autres véhicules pour changer de sujet en demandant d’où viennent les hommes qui sont déposés à la caserne. Ayant terminé son thé, il m’invite à faire la connaissance de ses collègues, arrivés des différents postes de contrôles de la région. On me souhaite à nouveau la bienvenue et un autre thé m’est servi. Il ne faut pas plus de 5 minutes avant qu’on me demande à nouveau si je suis marié, suite à quoi est exprimé de manière plutôt crue à quel point leurs femmes leur manquent. On m’invite à nouveau de partager un lit. Je commence à comprendre pourquoi les officiers sont réfugiés dans leur bureau, à l’abri de leurs hommes. Je décide d’en faire de même.

À 6 heures du matin, le grand potelé entre dans le bureau où je dors et me fait signe que je dois partir. Je lui fais signe que j’ai compris, mais il reste dans la pièce, en train de me regarder, son AK47 à l’épaule. Je commence à ranger mes affaires, assis sur mon matelas, tout en restant dans mon sac de couchage. Après avoir tout rangé, à l’exception de mon matériel de couchage, je sors du sac de couchage en sous-vêtements et m’habille. Il quitte alors la pièce. J’imagine qu’il voulait voir si je dormais nu…

Il est temps que je quitte ce poste de police. J’ai hâte de passer une journée à pédaler seul dans le désert !

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